Le bilan du retour de mon Marathon des sables
COMMENT LE DESERT A APAISE MON SYSTEME NERVEUX ET M’A APPRIS A FAIRE LA PAIX AVEC MES EMOTIONS
On pense souvent que le Marathon des Sables est une épreuve de survie.
Une course extrême. Un combat contre la chaleur, la fatigue, la douleur, le manque de sommeil.
Un affrontement entre la volonté et le corps.
Pour moi, il a été tout autre chose.
Le Marathon des Sables n’a pas été une guerre.
Il a été un apaisement.
Un endroit inattendu où mon système nerveux s’est enfin posé.
Un espace où j’ai cessé de lutter.
Un moment où j’ai appris à faire la paix avec mes émotions.
Et paradoxalement, c’est dans l’un des environnements les plus hostiles que j’ai trouvé le plus de sécurité intérieure.
Le Marathon des Sables : bien plus qu’une course d’endurance
Le Marathon des Sables, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est une course en autosuffisance alimentaire, sur plusieurs jours, dans le désert.
Des dizaines de kilomètres par jour, sous une chaleur écrasante, avec un sac sur le dos, peu de confort, peu de sommeil, beaucoup de fatigue.
Sur le papier, tout est réuni pour stresser le corps et le mental.
Et pourtant…
Ce que j’y ai trouvé n’était pas de la tension.
C’était du silence.
De la présence.
Et surtout, un ralentissement intérieur que je n’avais pas connu depuis longtemps.
Avant le désert : un système nerveux en mode survie
Les années précédentes avaient été intenses.
Très intenses.
Un postpartum.
Une entreprise à construire.
Des responsabilités.
Peu de repos réel.
Beaucoup de charge mentale.
Et ce sentiment diffus d’être toujours en train de tenir, de gérer, d’anticiper, de ne jamais vraiment souffler.
Mon corps avançait.
Ma tête aussi.
Mais mon système nerveux, lui, était resté bloqué en mode alerte.
Même quand tout allait “bien”, quelque chose en moi était encore en tension.
Hypervigilance.
Difficulté à vraiment relâcher.
À vraiment me poser.
À vraiment me sentir en sécurité.
Le désert : impossible de fuir
Dans le désert, il n’y a nulle part où aller.
Pas d’échappatoire.
Pas de distraction.
Pas de bruit parasite.
Juste :
-
la chaleur
-
le vent
-
le silence
-
ton souffle
-
et tes pensées
Chaque émotion te rattrape.
À chaque pas.
La peur, suis je capable ?
Le doute, ai je pensé à tout ?
La fatigue, l'immensité du désert interminable
L’envie d’abandonner pour certain quand tout ne se déroule pas comme prévu
Les souvenirs qui remontent.
Les larmes parfois (souvent).
Et surtout…
L’impossibilité de faire comme d’habitude : tenir, serrer les dents, contrôler.
Quand j’ai compris que lutter me coûtait plus cher que la course
Les premiers jours, j’ai essayé de faire ce que je savais faire :
Avancer contre.
Forcer.
Ignorer.
Mettre sous le tapis.
Mais dans ces conditions extrêmes, chaque résistance coûte très cher.
En énergie.
En respiration.
En tension musculaire.
En fatigue nerveuse.
Un jour, en marchant seule dans une immensité de sable, j’ai eu cette pensée très claire :
“Ce n’est pas la course qui me fatigue. C’est la lutte.”
Le jour où j’ai arrêté de me battre
Alors j’ai fait quelque chose de nouveau.
J’ai arrêté de me battre contre ce qui était là.
J’ai laissé :
-
la peur être là
-
la fatigue être là
-
la tristesse être là
-
les larmes être là
Sans chercher à les faire taire.
Sans chercher à les corriger.
Sans chercher à “être forte”.
Et quelque chose de très profond s’est produit.
Quand le système nerveux comprend qu’il peut se poser
Quand on arrête de lutter, le corps reçoit un message fondamental :
“Tu n’es plus en danger.”
Et le système nerveux commence à changer d’état.
Mon souffle s’est posé.
Mes épaules se sont relâchées.
Mon rythme de marche s’est naturellement régulé.
Mon cœur battait plus calmement.
Je n’étais plus en survie.
J’étais en présence.
Le désert ne m’a pas endurcie. Il m’a régulée.
On imagine souvent que les épreuves extrêmes nous rendent plus dures.
Plus résistantes.
Plus solides.
Le Marathon des Sables m’a fait l’inverse.
Il m’a rendue :
-
plus douce avec moi-même
-
plus à l’écoute
-
plus lente quand il faut
-
plus respectueuse de mes limites
Il m’a appris que la vraie endurance ne naît pas dans la violence intérieure, mais dans la sécurité.
Le lien entre endurance, émotions et système nerveux
En tant que coach sportif, je vois tous les jours des personnes qui pensent que progresser, c’est :
-
se dépasser coûte que coûte
-
repousser ses limites en permanence
-
ignorer les signaux du corps
-
lutter contre soi
Mais le corps ne fonctionne pas comme ça.
Un système nerveux en insécurité :
-
récupère mal
-
respire mal
-
dort mal
-
digère mal
-
se blesse plus facilement
-
et s’épuise plus vite
À l’inverse, un système nerveux apaisé permet :
-
une meilleure récupération
-
une meilleure coordination
-
une meilleure endurance
-
une meilleure régulation émotionnelle
-
et une vraie progression durable
Faire la paix avec ses émotions, ce n’est pas renoncer
On croit souvent que :
-
accueillir ses émotions = être faible
-
ralentir = abandonner
-
écouter son corps = manquer d’ambition
C’est exactement l’inverse.
Le jour où j’ai cessé d’être en guerre avec ce que je ressentais, mon énergie est devenue beaucoup plus stable.
Je n'avais plus besoin de me battre contre moi-même.
Toute cette énergie pouvait enfin servir à… avancer.
Ce que le Marathon des Sables m’a appris sur le mental
Le mental n’est pas là pour fouetter le corps.
Il est là pour le sécuriser.
Dans le désert, j’ai compris que le vrai courage, ce n’est pas de serrer les dents.
C’est de s’autoriser à être pleinement humaine dans l’effort.
Avec ses hauts, ses bas, ses doutes et ses fragilités.
L’impact durable sur ma façon de m’entraîner… et d’accompagner
Depuis cette expérience, ma façon de voir l’entraînement a profondément changé.
Je ne cherche plus à :
-
“aller contre”
-
“forcer coûte que coûte”
-
“repousser dans la douleur”
Je cherche à :
-
construire un corps qui se sent en sécurité
-
développer une endurance qui respecte le système nerveux
-
créer des progressions qui ne reposent pas sur la violence intérieure
Ce que cette expérience dit de nous, dans nos vies modernes
Nous sommes beaucoup à vivre :
-
en tension permanente
-
en hypercontrôle
-
en suradaptation
-
en mode survie déguisé
Et souvent, on ne s’en rend même plus compte.
Le désert m’a appris quelque chose de simple et fondamental :
Tant que ton système nerveux est en alerte, ton corps ne peut pas vraiment se régénérer.
L’endurance commence quand on cesse d’être en guerre avec soi-même
C’est peut-être la plus grande leçon de cette aventure.
On n’a pas besoin de se battre pour avancer.
On a besoin de se sentir suffisamment en sécurité pour continuer.
Et si la vraie performance était la paix intérieure ?
Aujourd’hui, quand je repense au Marathon des Sables, je ne me souviens pas d’une lutte.
Je me souviens :
-
du silence
-
du souffle
-
de la lenteur
-
de l’immensité
-
et de cette sensation très rare : être pleinement là, connectée et bien entourée
En conclusion : ce que le désert m’a vraiment appris
Le Marathon des Sables ne m’a pas appris à être plus dure.
Il m’a appris à être plus juste avec moi-même.
Il m’a appris que :
-
la régulation émotionnelle est une force
-
la sécurité intérieure est un socle
-
et que le corps donne le meilleur de lui-même quand il ne se sent plus menacé de l’intérieur
Pourquoi cette approche change aussi tout dans le sport du quotidien ?
Que tu sois sportif.ve ou sédentaire, que tu veuilles :
-
reprendre une activité
-
retrouver de l’énergie
-
améliorer ton endurance
-
te remettre en mouvement
Ton système nerveux est la base de tout.
On ne construit rien de durable sur un terrain intérieur en tension.




